Joël Legendre : triste histoire d’une mauvaise gestion des communications

Depuis hier, l’histoire de Joël Legendre déchaîne les passions sur le web, dans les médias sociaux et dans les journaux. Fondamentalement, cette histoire est bien triste pour l’homme et sa famille. Mais permettez-moi de ne pas tomber dans le mélo et de tirer des grandes conclusions sur la gestion de cette crise par le principal intéressé et son équipe, la réalité médiatique et le vedettariat.

L’intérêt public et le vedettariat

Joël Legendre n’est pas un politicien qui se fait prendre pour corruption, comme en en connaît certains. Bien que son geste soit complètement indécent et tout à fait déplacé, il n’est pas criminel. On peut donc se demander si cette information est d’intérêt public. Est ce que les Québécois ont besoin de savoir ce qui s’est passé dans ce parc? Est-ce que cette information nous permettrait de prendre des décisions plus éclairées en lien avec un enjeu soulevé par cette histoire ? La réponse est non.

On peut donc évidemment porter un jugement sur le journaliste qui a sorti l’histoire… Mais on peut aussi porter un jugement sur le protagoniste qui a commis une énorme erreur de jugement en oubliant complètement qu’il est une personnalité médiatique hyper connue au Québec tout comme il est une vedette aimée des Québécois. On aime tout savoir de nos vedettes. Ce qu’ils mangent, quels sports ils pratiquent, les jouets préfères de leurs enfants. Joël Legendre a exploité le côté « human » dans les médias pour mousser sa carrière… il ne faut donc pas s’étonner qu’il vive maintenant les revers de cette exposition médiatique. D’autant qu’une vedette de sa stature doit être consciente qu’elle est toujours scrutée et que tous ses gestes peuvent être rapportés.

Comment Joël Legendre a pu penser que cette histoire ne serait jamais publique?  Un passant dans le parc avec un téléphone intelligent, des propos rapportés par quelqu’un au fait de l’histoire, une information sur les médias sociaux… Nous sommes à l’ère des citoyens-journalistes et des médias qui cherchent des histoires spectaculaires. Comment se fait-il que Joël Legendre ou son équipe n’aient pas jugé bon préparer la gestion médiatique de cette histoire? Plusieurs artistes et vedettes « préparent » leurs entrevues, même les plus petites, pour faire la promo de leurs projets. Comment n’a-t-il pas trouvé des lignes ou des réponses à ces gestes questionnables pour être prêt lorsque cette histoire éclaterait au grand jour ? D’autant que ces gestes remontent à 6 mois…

Retour sur sa gestion de crise :

  1. Joël Legendre se fait accrocher dans le stationnement d’une station de radio pour commenter cette histoire.
  2. Il nie les informations et dit que ce sont des mensonges.
  3. Il rappelle la journaliste plusieurs heures plus tard et raconte une fois de plus un mensonge pour s’en sortir.
  4. Il avoue son mensonge deux jours plus tard et met en suspens sa carrière.

Premier grand principe : ne jamais « bullshiter » les journalistes

Ce n’est jamais une bonne idée de mentir à des journalistes. Leur responsabilité professionnelle leur impose de contre vérifier les dires des gens questionnés. Il était clair qu’ils se tourneraient vers la police de Longueuil pour avoir un commentaire sur l’explication de Legendre. Quand on ne peut pas contrôler ce que les autres diront sur une histoire qui nous concerne, autant contrôler ce que nous pouvons dire nous-même pour faire du « damage control »!

Deuxième principe : tout dire à son équipe de presse

Quand on est pris dans une histoire qui ne nous met pas en valeur, il est humain de tenter de trouver des explications bidon, et de ne pas tout dire haut et fort. C’est une réaction naturelle, mais ce n’est pas la bonne quand l’histoire a le potentiel de faire du tabac. C’est justement pour cette raison que les relationnistes sont utiles. Non pas à raconter des mensonges, mais à mettre en place des actions médiatiques pour diminuer, autant que possible, les impacts nuisibles à long terme pour les sujets, donc à amoindrir les risques à la réputation! Dans le cas qui nous occupe ici= fail!

Troisième grand principe : admettre ses torts

Une faute avouée est à moitié pardonnée… c’est cliché, mais c’est vrai ! Au lieu de se cacher derrière des mensonges qui seront démasqués (ce qui amplifiera la crise), autant admettre d’emblée ses torts et dire que l’on s’est trompé. Nous aimons les gens vrais qui ne sont pas parfaits… mais nous n’aimons pas les menteurs !

Bien gérée, cette situation aurait été difficile pour Joël Legendre, mais il y a fort à parier que les Québécois seraient passés à autre chose rapidement sans compromettre de cette façon sa réputation et sa carrière.

Qu’est-ce que j’aurais recommandé ?

Mieux contrôler l’information lors de la sortie publique de cette histoire.

  • Communiqué de presse rapide où le protagoniste admet son erreur.
  • Vidéo du protagoniste, où (encore une fois) il admet ses torts. Cette vidéo permettrait de contrôler l’information sur les médias sociaux (qui jouent un rôle d’amplificateur dans les crises médiatiques) et elle aurait assurément été récupérée par les médias traditionnels. Cela permet au principal concerné de donner sa version des faits, de façon plus personnalisée qu’avec un simple communiqué de presse, en se donnant du temps pour gérer la suite et reporter les milliers d’entrevues.

Laisser retomber la poussière quelque temps et boucler la boucle.

  • Une fois les torts admis et exprimés, il ne sert à rien d’étirer le plaisir. Il peut être opportun de laisser la poussière retombée et de se donner un peu de temps avant de faire une autre sortie publique.
  • Toutefois, il sera nécessaire, pour véritablement passer à autre chose, de mettre un point final à cette histoire. Une entrevue bien choisie peut être le moment, pour le protagoniste, de revenir sur l’histoire et d’y mettre un point final.

 


2 commentaires

  1. Martine Bouradges dit :

    Bravo texte clair et explications enrichissantes

  2. suzanne cholette dit :

    Votre point de vue est très éclairant. La page Facebook du principal intéressé est encore ouverte à tous…Elle aurait pu être mieux gérée et être restreinte partiellement en ne permettant pas les commentaires. C’est un peu comme fournir le micro à quelqu’un qui veut nous crier des noms…

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